Allez en classe et… restez debout !

Le magasine Sport& vie n°170 a publié un article sur les écoles suivants le mouvement du « DailyMile », afin d’améliorer la santé physique et mentale des élèves.

« Au secours Aristote »

« On s’interroge sur la pertinence de notre modèle d’enseignement qui exige des enfants de rester, l’essentiel du temps, assis et immobiles ! 

Au IVe siècle avant notre ère, Aristote enseignait au Lycée d’Athènes en se promenant avec ses élèves plutôt qu’en restant coincé dans une classe.

Aristote avait compris l’intérêt d’être actif pendant le processus d’apprentissage. Malheureusement, ce principe s’est perdu au fil des siècles et l’on se trouve aujourd’hui avec des enfants à qui l’on demande de rester de longues heures en position assise et qui sont, de ce fait, en piètre condition physique comme le démontre l’histoire suivante.

Elle se déroule en Ecosse en 2012 dans l’école dirigée par Elaine Wyllie.

Un jour qu’elle surveillait la cour de récréation, elle fut piquée au vif par la réflexion d’un bénévole de 80 ans qui regardait lui aussi les allées et venues des enfants « Well ! Ils ne sont vraiment pas en grande forme physique, ces kids ». C’était parfaitement vrai ! Elaine elle-même avait remarqué que la plupart de ses élèves étaient fatigués dès la fin de la séance d’échauffement des cours d’éducation physique, c’est-à-dire en à peine plus de 10 min d’effort.

Chaque année, elle notait aussi qu’ils étaient de plus en plus nombreux à souffrir de surpoids. Il fallait faire quelque chose ! Sans en référer à qui que ce soit, elle décida donc de sortir tous les jours avec sa classe pour trottiner pendant un petit quart d’heure, ce qui permet de couvrir une distance d’environ 1 mile (1.6 kilomètre). Au bout de quatre semaines, les enfants qui éprouvaient beaucoup de peine au départ du programme réalisaient l’exercice avec facilité et même avec plaisir. Elle remarqua aussi qu’ils étaient plus concentrés en classe et l’infirmière de l’école nota une première timide régression de l’embonpoint. Devant ces résultats positifs, Elaine proposa à ses collègue de se prêter, eux aussi, à ce petit rituel. Avec à la clef les mêmes constats.  Bientôt, les écoles voisines les imitèrent, puis celles du comté, celles de tout le pays. On s’y mis même à l’étranger : aujourd’hui, on compte plus de 1600 écoles participantes. *

Les raisons de ce succès sont faciles à comprendre. Aucun matériel n’est nécessaire. Il n’y a même pas besoin de change. La séance à proprement dite n’excède pas 15 min. Elle ne chamboule pas le programme et le professeur peut placer la sortie à n’importe quel moment de la journée et tenir ainsi compte des aléas de la météo. Le seul impératif : ne pas la zapper !

Aujourd’hui, l’initiative écossaise continue de s’étendre sous les appellations diverses comme « One mile a Day » ou encore « Daily Mile », expression qui fait référence au plus puissant des quotidiens britanniques : le Daily Mail et ses 2 000 000 exemplaires vendus chaque jour. Le jeu de mots est  intraduisible en français. Un seul titre de journal francophone pourrait éventuellement décrire l’effet de ce programme : « Libération » évidemment, dans la mesure où l’on permet aux petits sujets de se libérer quelques instants du statisme dans lequel ils sont tenus.

Les conséquences sur la santé sont alarmantes. Une étude menée sur 66 élèves âgés de 11 à 14 ans a ainsi montré qu’il existe un lien direct entre la position assise et les maux de dos. En clair, plus un enfant passe de temps sur sa chaise, plus il risque de souffrir de lombalgie dans le cours de son existence. Il faut donc prendre l’affaire au sérieux ! Les études du docteur Duncan Troup, chirurgien orthopédique et professeur de l’université de Liverpool, démontrent aussi que des symptômes qui peuvent paraître anecdotiques dans l’enfance sont prédicateurs de futurs lombalgies beaucoup plus invalidantes. Or l’école est en grande partie responsable de cette sédentarité forcée !

D’après les sondages, 29% des écoliers de 8 à 17 ans souffrent déjà du dos. Dans la presse, on incrimine souvent le poids excessif des cartables. Selon toute évidence, la faiblesse des muscles du rachis en serait surtout responsable. Or ces longes périodes en position assise favorisent leur involution avec un effacement de la lordose lombaire et une accentuation de la cyphose dorsale, ce qui est loin, très loin, d’être ergonomique. En cherchant un peu, on trouve d’autres corrélations étonnantes entre cette posture et des maladies comme l’athérosclérose, le diabète de type 2, le syndrome métabolique et l’obésité. Les mécanismes par lesquels une basse dépense d’énergie augmente ces facteurs de risques sont encore discutés. Il semblerait cependant que la position assise freine l’activité de la lipoprotéine lipase dans les muscles squelettiques et donc diminue l’oxydation des graisses. Quoi qu’il en soit, le maintien prolongé de cette posture se répercute sur la santé et constitue l’une des grandes causes de la dégradation de la forme de nos enfants.

*sur le site du projet (thedailymile.co.uk) les écoles participantes sont répertoriées. Une carte permet de voir où se situe chacune d’elles. En Belgique, l’initiative a du succès puisqu’on dénombre plus de 820 écoles. La France et la Suisse font quant à elles pale figure, avec respectivement quatre et une écoles inscrites.

Classe debout ?

Un professeur de Sciences et Vie de la Terre (SVT) d’un collège de Brest a lancé en 2017 un projet nommé « Classe debout » dans lequel il proposait à des élevés âgés de 10 à 15 ans de six classes de se tenir debout pendant ses cours. Soit 75 min hebdomadaires pendant 90 jours. Les 163 élèves suivaient normalement leur cours mais l’injonction habituelle « restez assis » avait disparu.

Il n’y avait cependant aucune obligation : les élèves pouvaient tout aussi bien rester assis que se lever, se rasseoir, puis se relever encore…

Les résultats ? Environ un tiers des participants ont déclaré être plus concentrés et avoir mieux retenu le contenu du cours lorsqu’ils étaient libres de leur postures. Certes il s’agit d’une donnée purement subjective. Les élèves ont peut être voulu faire plaisir à leur professeur. A moins que quelque chose ne se passe réellement, comme le pressentait déjà Aristote, et que le maintien d’une faible activité physique facilite effectivement les apprentissages. 

Cette expérience rejoint en tout cas la conclusion d’un autre travail scientifique réalisé en 2015 par l’équipe de la professeur Ranjana Mehta (université du Texas) sur 34 étudiants dont la fonction d’exécution et la capacité de mémoration ont été testées dans les deux positions (assise et debout). Ces mesures informatisées ont permis des mesures plus objectives. Il apparaissait que le cerveau fonctionnait mieux quand on était debout plutôt qu’assis !