La seconde jeunesse de Fauja Singh

« L’histoire Fauja Singh est proprement incroyable. A l’âge de 101 ans, ce ressortissant indien exilé en Angleterre a battu tous les records du monde de course à pied dans sa catégorie d’âge, du 100 mètres au marathon. Oui, vous avez bien lu: le marathon! En octobre 2011, il a terminé celui de Toronto en 8 heures et 25 minutes, ce qui fait de lui le plus vieux «finisher» de l’histoire de l’athlétisme. En juin 2018, il s’alignait encore sur une épreuve plus courte à Birmingham. Puis il a pris sa retraite sportive et s’apprête, le 1er avril 2021, a fêter ses 110 ans.

Il ne court plus en raison d’un problème de hernie discale. Mais il marche toujours près de huit kilomètres par jour. Un phénomène! Plus la science progresse, plus on soupçonne que de puissants phénomènes épigénétiques sont à l’origine de son exceptionnelle longévité. Car Fauja Singh n’a pas toujours eu cette réputation de trotteur infatigable. On sait par exemple qu’il était un enfant fragile et qu’il n’a appris à marcher qu’à l’âge de 5 ans. Ensuite, il a travaillé la terre toute sa vie, se nourrissant exclusivement de végétaux. Ce n’est qu’en 1995, quelques mois après le décès de son plus jeune fils (décapité accidentellement devant ses yeux lors d’une tempête!) avec qui il vivait en Inde et à près de 85 ans, qu’il a rejoint sa famille en Angleterre avant de commencer à courir avec un groupe de sikhs.

Comment expliquer cette deuxième jeunesse? Les hypothèses les plus tentantes reposent sur un détournement des processus d’hyperméthylation qui caractérisent les muscles et les cellules satellites de la personne âgée. En général, dans nos muscles, les gènes n’ont plus trop voix au chapitre en vieillissant. On met plus de temps à régénérer ses tissus et à se remettre d’une blessure par exemple. D’après un travail récent, cette incapacité serait liée à un phénomène d’extinction progressive des gènes HOX impliqués dans l’identité cellulaire (*). En cas de dysfonctionnement de ces gènes chez la mouche drosophile par exemple, il lui pousse des pattes à la place des antennes. C’est dire si leur rôle est important. Cela dit, ce déclin n’a rien d’inéluctable.

D’après cette même étude, l’exercice physique réduit cette méthylation et donc atténue les effets délétères de l’âge. Il faut donc rester actif le plus longtemps possible. Le conseil vaut pour tout le monde. Mais il est probable que nous n’en tirons pas tous les mêmes avantages avec, d’un côté, des «mauvais répondeurs» qui réagissent peu et, de l’autre, des «bons répondeurs» qui voient leur forme s’améliorer grandement. Quant à Fauja Singh, il fait sans doute partie des «super répondeurs» qui se découvrent des aptitudes de champion à un âge avancé. Pour savoir à quel groupe on appartient soit même, il faut essayer ! (*) »

*DNA methylation across the genome in aged human skeletal muscle tissue and muscle-derived cells: the role of HOX genes and physical activity, dans Scientific Reports, septembre 2020