Le ménage, une activité physique du quotidien

Le magazine Sport & Vie n°188 vous présente l’article ci dessous, corrélant le ménage avec l’activité physique.

« Qui aurait pu prévoir un tel phénomène ? En quelques décennies, les progrès de l’industrie numérique ont permis à tout un chacun de bénéficier de moyens de production et de diffusion audiovisuelle qui étaient autrefois l’apanage d’une poignée de très grosses boites. Désormais, on peut facilement se mettre en scène dans de petits films qui, s’ils sont réussis, trouveront leur public et vaudront une certaine notoriété à ceux qui les auront mis en ligne. Comme au début du cinéma, beaucoup de ces petits films sont d’inspiration burlesque. « C’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui », résume Rémi Gaillard, un de ces vidéastes amateurs qui a assimilé mieux que personne ce principe de dérision.

Il n’est pas le seul dans son genre. En 1997, Phil Shaw, un ouvrier anglais d’une usine de Leicester, eut l’idée de combiner son sport favori, l’escalade, avec les tâches ménagères qui l’attendaient à domicile, en l’occurrence le repassage. Il décida de combiner les deux activités, créant ainsi un nouveau sport connu désormais sous le nom de repassage extrême (ou « extrême ironing », c’est toujours plus chic en anglais). Voila pour la légende.

Dans la réalité, on se dit qu’une idée aussi loufoque serait surement restée sans lendemain si elle n’était venue aux oreilles d’experts en communication toujours à l’affut d’initiatives originales pour faire le buzz au profit de leurs clients. Dans ce cas précis, ils persuadèrent la marque d’électroménager Rowenta de sponsoriser le premier trophée de repassage extrême en 2003. Une grande réussite ! 18 ans plus tard, la mode est un peu passée même s’il arrive qu’on fasse encore mention de nouveaux exploits sur les sites spécialisés, le but étant toujours d’installer sa planche dans un lieu insolite, de préférence dangereux, et d’y repasser quelques vêtements. De telles prouesses ont déjà été réalisées au sommet d’une montagne, en canoé, lors d’une descente à ski, sous la glace d’un lac gelé, pendant un saut à l’élastique ou même sur une planche à voile. On attend le premier repassage cosmique, ce qui ne saurait tarder étant donné la banalisation annoncée de vols spatiaux privés.

On peut trouver cela sympa ou complètement idiot mais le repassage extrême présente au moins le mérite d’attirer l’attention sur les tâches ménagères, et surtout de les aborder sous l’angle inhabituel de la dépense énergétique qu’elles demandent. Car oui, l’entretien d’une maison implique de se dépenser physiquement. Entre le rangement, les poussières, le repassage, la vaisselle, le linge, la préparation des repas, le nettoyage ou les courses, il y a de quoi s’épuiser comme l’indique le tableau ci-dessous où ces différentes taches ont été classées par ordre décroissant d’importance. Sur toute une semaine, cela représente une dépense énergétique tout à fait comparable à quelques heures passées en salle de fitness.

Il n’y a pas que cela ! Faire son ménage implique aussi un minimum d’organisation et de sens pratique. Cela fait travailler les neurones. Or on sait qu’a l’instar des autres organes, le cerveau a besoin d’être sollicité pour rester fonctionnel. « Le cerveau ne s’use que si l’on ne s’en sert pas ! » dit une expression marrante.

Les tâches ménagères du Rotman Research Institute (Canada) s’est penchée sur la question et a pour cela recruté 66 personnes âgées de 74 ans de moyenne, en parfaite possession de leurs moyens physiques et intellectuels. Ces sujets devaient d’abord répondre à un questionnaire sur leurs facultés cognitives : attention, mémoire, vitesse de raisonnement. Puis ils passaient un examen d’imagerie médicale pour visualiser l’état de leurs différentes structures cérébrales. Résultat ? Une corrélation très claire apparaissait entre l’activité physique domestique et le volume cérébral. Les plus actifs à la maison gardaient plus de matière grise que les autres !  La différence était même particulièrement flagrante pour l’hippocampe (une structure du système limbique qui joue un rôle déterminant dans les processus de mémoire et de navigation spatiale) et le lobe frontal (responsable de la coordination motrice volontaire et du langage).

En conclusion, ces auteurs canadiens espéraient que leurs travaux encourageront les ainés à ne pas se décharger trop vite de ces taches domestiques qui peuvent revêtir pour elles une importance quasiment vitale. Peut-être ces travaux inciteront-ils aussi les directeurs des EHPAD et des maisons de retraite à repenser leur système d’assistanat total des pensionnaires. Bref, il faut faire en sorte que nos ainés continuent le plus longtemps possible à pratiquer ce sport à faire risque que sont les taches ménagères… Tant qu’ls ne se lancent pas dans l’Extrême Ironing » AR. »

Références :

  1. Sport & Vie n°188 « Le ménage, c’est du sport!
  2. Household physical activity is positively associated with gray matter volume in older adults, dans BMC Geriatrics, février 2021