Les pensées sont dans les pieds… !

 

Les pensées sont dans les pieds                Comme l’avaient pressenti les philosophes depuis l’Antiquité, la marche favoriserait la concentration. « Les seules pensées valables viennent en marchant » écrivait Nietzsche .

Comme bien des philosophes, le penseur de Weimar a souligné les vertus de la marche qui libère l’esprit alors que la posture assise, selon lui, est une faute contre l’esprit. Au point de condamner Flaubert et son idéal sédentaire, et de se rallier à l’idéal rousseauiste de la marche qui « met l’esprit en mouvement ».
Ils sont nombreux à s’y être essayés, des surréalistes qui tentèrent d’écrire en marchant, jusqu’à Jean Giono qui recommandait cet exercice comme forme d’hygiène de pensée. Bien avant eux, rappelons-nous qu’Aristote enseignait en déambulant, ce qui valut à son École de philosophes le qualificatif de « péripatéticienne », du grec ancien « qui aime se promener en discutant ».

La marche est liée à l’histoire de la pensée. Quels sont donc ses effets sur le cerveau ?

Pour le savoir, Sabine Schäefer de l’Institut Max Planck de Berlin, a demandé à des enfants et à des adultes de passer des tests assis devant un bureau ou en marchant à une vitesse de leur choix sur un tapis roulant. Ces tests évaluaient surtout l’attention ; ils consistaient à écouter des séries de chiffres prononcés par un haut-parleur, et à indiquer, pour chaque chiffre, s’ils l’avaient déjà entendu quatre chiffres plus tôt.
Dans ces conditions, les participants, quel que soit leur âge, ont commis moins d’erreurs en marchant,
les enfants de neuf ans tirant le meilleur bénéfice de cet exercice avec presque 40% d’erreurs en moins.
Selon les psychologues, ce phénomène s’explique par un effet de vigilance : la marche maintient le corps en action et, dans une certaine mesure, l’esprit en alerte. Le cerveau est mieux irrigué, l’attention se relâche moins facilement. Alors allons déambuler!
S.Schaefer et al., in European J. of Developmental Psychology.
Cerveau & Psycho -L’actualité des sciences cognitives. Les pensées viennent en marchant. N°38.

Nietzsche : (1844 – 1900) philosophe et poète allemand
Flaubert : (1821 – 1880) romancier français
Rousseau : (1712 – 1778) écrivain, philosophe et musicien français
Giono : (1895 – 1970) écrivain français
Aristote : (384 av. J.-C. – 322 av. J.-C) philosophe grec de l’Antiquité
Sabine Schäefer : Thèse poussée de psychologie comportementaliste

Le philosophe Friedrich Nietzsche (1844-1900) déclare dans Ecce Homo :

« Demeurer le moins possible assis : ne prêter foi à aucune pensée qui n’ait été composée au grand air, dans le libre mouvement du corps – à aucune idée où les muscles n’aient été aussi de la fête. Tout préjugé vient des entrailles. Etre ‘cul-de-plomb’, je le répète, c’est le vrai péché contre l’esprit. »